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Société

Tontines en ligne au Bénin : L’arnaque se déplace sur les réseaux sociaux

Des offres de tontines pour collecte d’épargne publique, d’achat de pagnes, d’appareils électroménagers, de vêtements… avec des taux de prélèvement sans aucune norme, se développent sur les réseaux sociaux au mépris des lois relatives à la collecte des dépôts au Bénin et ceci, avec leurs lots de victimes.

« Tontine moto Haoju », « Tontine mon domicile », « Tontine Salon canapé », « Tontine TNT 7200/2S 2vlisco 6m », « Tontine guipure lessi et voile de qualité supérieur », « Tontine électroménager », « 1100F / semaine pour chaussures dames et colliers », etc. sont des dénominations des groupes WhatsApp, dont les liens sont abondamment partagés pour permettre une forte adhésion.

Avec les réseaux sociaux où il leur est plus facile de communiquer sur les offres et d’atteindre un grand nombre, ces initiatives de tontines se multiplient de jour en jour à cause des offres de plus en plus alléchantes. Dans cette dynamique, certains Béninois mordent facilement à l’appât alors que d’autres développent des attitudes de méfiance même s’ils ne sont pas nombreux. « Je fais cette tontine parce que ça me permet de faire certains gros achats », déclare Éric, habitant à Cotonou et épargnant d’un de ces types de tontines. 

Or selon le Conseiller aux Affaires Juridiques de l’Agence Nationale de Surveillance des Systèmes Financiers Décentralisés (ANSSFD), Martin Bienvenu ADJOVI, la collecte de l’épargne publique est bien règlementée car il faut d’abord un agrément ; sans quoi l’activité ne doit pas être menée. « Les systèmes financiers décentralisés doivent préalablement à l’exercice de leur activité, être agréés par le ministre », précise l’article 7 de la Loi N°2012-14 du 02 mars 2012 portant réglementation des systèmes financiers décentralisés en République du Bénin. Et l’article 4 de la même loi de préciser les opérations que peuvent mener les systèmes financiers décentralisés (SFD) à savoir : la collecte de dépôts, les opérations de prêts, et les opérations d’engagement par signature. Une réglementation qui n’empêche pas les dérives de s’observer ou certaines personnes de continuer à initier cette tontine.

« Toute personne exerçant une activité de commerce électronique en République du Bénin ou à destination des utilisateurs béninois, est tenue d’assurer ceux à qui est destinée la fourniture des biens ou services proposés, un accès facile, direct et permanent, le cas échéant à partir de la page d’accueil du site, aux informations suivantes… », dit l’article 328 de la loi N°2017-20 du 20 avril 2018 portant code du numérique en République du Bénin, qui fait obligation à tout prestataire de service en ligne de publier certaines informations, qu’il soit une personne physique ou morale et sur son produit. Et pourtant, certaines activités se mènent aujourd’hui en ligne sans aucun respect de ces textes comme les tontines. En effet, des groupes de personnes qui mettent de l’argent en commun pour jouir d’une rente viagère reportable sur les survivants, la tontine est en Afrique, cette association de personnes cotisant à une caisse commune dont le montant est remis à tour de rôle à chacune d’elles. Aujourd’hui, avec la révolution 2.0 et le développement des réseaux sociaux, ces tontines se sont déplacées en ligne où il est plus facile d’atteindre le grand public. D’où les tontines en ligne qui se révèlent comme la nouvelle niche sur laquelle il faut miser pour réaliser ses objectifs.

Des dérives qui s’amplifient dans le noir

« Ce n’est pas une question de garantie. Faites-nous seulement confiance et vous verrez que les gains suivront. Je ne suis pas à ma première expérience et mes tontines vont toujours à termes. Pas d’abandons chez moi. C’est pourquoi je dis que je ne veux pas de plaisantins. » Telle est la réponse ou ligne de défense d’un promoteur de ces tontines en ligne qui envoient quotidiennement et ce, plusieurs fois par jour, les liens de leurs tontines afin que les internautes puissent mordre à l’appât au regard des desseins cachés parfois. « Après trois mois de cotisation, notre tontine n’a plus évolué parce que des gens auraient abandonné. Mais le problème, c’est qu’on n’a pas pris nos sous », déclare une jeune épargnante plus ou moins heureuse de n’avoir pas perdu gros. Plus craintive, Justine, vendeuse dans un kiosque de vente de crédits, a cessé de la faire car pour elle, tout ce qui est tontine est synonyme d’escroquerie. « Tout ce qui est de la tontine, est de l’escroquerie. »

« De façon formelle, nous sommes dans une société où les gens ne se plaignent pas comme ça. Ils se lamentent lorsqu’ils se retrouvent en difficulté. Il y a des rumeurs. Il n’y a pas de plaintes enregistrées de façon formelle », confie le président de la Ligue pour la défense du consommateur au Bénin (LDCB), Romain Abilé HOUEHOU. Les lamentations des découragés ou grugés et autres sont grandissantes et aussi des plaintes sur lesquelles on n’a pas pu avoir des informations officielles au niveau de la Brigade Économique et Financière (BEF) pour cause d’une longue procédure à suivre et dont l’issue ne présage pas d’une réponse positive. Aussi, bien que la méfiance commence à s’installer, les organisateurs ne désarment-ils pas car ils usent de stratégies pour mieux convaincre et prouver leur bonne foi. « Je ne veux pas de plaisantins. » « Pas de va et viens dans mon groupe. De grâce réfléchir bien avant d’intégrer », « NB, groupe de tontine sérieuse » … telles sont les garanties ou mesures de sécurité offertes aux internautes désireux de prendre part aux tontines en lignes.

Les précédents jugés déjà oubliés

Le fait qu’il n’y ait pas encore eu de procès retentissants sur les tontines en ligne à la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET), comme Icc-services, SPP, Chy Mall, High Life et autres, fait que les initiateurs se croient en terrain conquis, sans aucune inquiétude. Ainsi, malgré les sensibilisations, on constate un manque de vigilance des populations vis-à-vis de tout ce qui a trait aux offres d’investissement ou de vente en ligne, et surtout à la collecte de l’épargne publique, nonobstant le scandale Icc-Services et son lot de désolations. « Certaines personnes initient ces tontines mais elles finissent par déclarer faillite afin de pouvoir garder les sous colletés pendant des mois », explique Brice, un ancien épargnant très méfiant à l’égard de ces tontines. De l’escroquerie et de la cavalerie exportées en ligne que les gens ne perçoivent pas encore. Ce qui est puni par le Chapitre IX de la Loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en République du Bénin.

Même si « c’est un système de soutien solidaire qui aide quand même beaucoup de gens de réunir les moyens », le président de LDCB trouve que si les tontines deviennent très nombreuses, avec des investissements de plus en plus importants, il y a des risques que cela devienne un scandale parce que les tontines en ligne sont hors de contrôle. Pour le Conseiller aux Affaires Juridiques de l’ANSSFD, Martin Bienvenu ADJOVI, qui dénonce une prise de risques des populations avec des gens qu’ils ne connaissent pas, la sensibilisation est permanente car toute initiative, sans agrément, qui fait appel à l’épargne publique est interdite et punie par la Loi N°2012-14 du 02 mars 2012 portant réglementation des systèmes financiers décentralisés en République du Bénin. « Je suggère qu’on essaie de faire un peu les analyses et de regarder un peu ce qui peut être un risque au niveau des tontines en ligne, de ressortir tous les contours de façon globale que ça soit aussi la multiplication des tontines en ligne peut conduire à des scandales », déclare Romain HOUEHOU.

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