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Société

Station de lavage naturel de Kindonou : « personne ne paie aucun franc »

Quelques usagers nettoyant leurs engins, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

Quelques usagers nettoyant leurs engins, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

Plus de 150 mètres de pavés occupés par des eaux stagnantes depuis des décennies ! Malgré les problèmes que cela engendre, les riverains ont trouvé un moyen de se faciliter le quotidien. C’est la station de lavage atypique de Kindonou, dans la commune de Cotonou. Elle est gratuite. Surtout, elle ne ferme jamais ses portes. Reportage.

Le matériel utilisé pour nettoyer les engins, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

Dans la voie située juste avant la recette de la Soneb de Kindonou, en quittant Cotonou pour l’échangeur de Godomey, des gens sont affairés à rendre propre leurs deux roues, jeudi 13 octobre 2022. Parmi eux, des conducteurs de taxi moto, riverains et autres. C’est la station de lavage de moto du quartier Kindonou, à Cotonou. Depuis plusieurs décennies, elle fonctionne grâce aux eaux stagnantes de cette chaussée pavée.

 « Les conducteurs de taxi moto abandonnent les lavages classiques pour venir laver gratuitement leurs motos ici, explique Éric HEGNON, riverain. C’est une voie publique. Donc, personne ne paie aucun franc ».

Cette station de lavage naturel ne désemplit pas. Il n’y a pas d’heure de fermeture. Toutes les composantes de la population s’y rendent. Les plus pauvres surtout.

« L’eau stagne ici depuis près de 30 ans. Elle était à cet endroit avant ma naissance or je vais avoir bientôt 30 ans », affirme Pascaline ATTIKPO, une riveraine qui voit chaque jour les gens aller et venir. Pour elle, c’est en période de pluie que la fréquentation est plus forte, surtout les conducteurs de taxi-moto. « Les motos se salissent vite et il faut les nettoyer ».

Pascaline ATTIKPO, riveraine, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

Vers 11h30, une dizaine de personnes sont affairées à nettoyer leur moto. Pourtant, ce n’est pas encore les heures de grande affluence. « A 20 heures, la place est bondée de motos car les gens reviennent du travail. Ils passent par ici pour laver leurs engins avant la reprise le lendemain. Cette affluence augmente jusqu’à 2 heures du matin », confie Éric HEGNON qui apprécie le lieu car il n’y aucune contrainte.

Samuel MAHOUSSI, conducteur de taxi-moto, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

Pour le conducteur de taxi-moto, Samuel MAHOUSSI, venir à cet endroit permet d’économiser encore quelques sous sur la recette journalière. « Payer 300 voire 500 FCFA pour laver sa moto, ce n’est pas facile. C’est pourquoi il faut autant que possible limiter les dépenses et être toujours à la quête d’opportunité pouvant rendre la vie facile ».

Pour ceux qui viennent à cette station atypique, c’est une providence. Car il n’y a pas de contrainte de quelque autorité que ce soit. Les gens vont et viennent pour profiter de cette eau disponible en abondance et sans aucun effort.

Juste le strict minimum pour la tâche

A cette gratuité s’ajoute la facilité dans le lavage. Un bidon de 25 litres découpé en deux ou un petit seau, un chiffon, un bout de pagne, et du savon. C’est tout ce dont ont besoin ceux qui viennent laver leur moto. Pas besoin de nettoyeur haute pression, de convoyeur, l’eau étant disponible à profusion à cet endroit depuis des années.

« Je passe chaque jour ici car je sais que je pourrai vendre quelques chiffons », confie Félicité WAGOSSI.

Félicité WAGOSSI, revendeuse, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

A défaut, un bout de tissu est utilisé pour frotter les différentes parties des engins. Du matériel qui est séché au soleil et remballé pour la fois suivante.

Quelques risques…

Certes, cette station de lavage atypique offre beaucoup de facilités aux populations de Cotonou et d’Abomey-Calavi, mais ce n’est pas sans risques.

Etendue de ces eaux stagnantes, Cotonou, Bénin, 13 octobre 2022. © Akkilou YACOUBOU

D’abord, il y a des reptiles que les riverains rencontrent souvent. Et vu qu’elle ne ferme pas, ceux qui viennent la nuit pourraient les rencontrer et se faire mordre. Ensuite, patauger dans ces eaux impropres à la consommation n’est pas sans risques pour la peau. Les usagers qui viennent laver leur moto peuvent avoir des dermatoses comme la gale, la teigne, la pyodermite, etc.

« Ces eaux sont contagieuses. Après avoir quitté cet endroit, ils (usagers, ndlr) contractent des maladies infectieuses. Mais, ces gens continuent toujours de venir », prévient Pascaline ATTIKPO 

Des craintes qui ne semblent pas décourager ceux qui viennent laver leur moto chaque jour. Ce qu’ils gagnent à venir à cet endroit, semble plus fort que ce qu’ils dépenseraient pour se soigner.

Toutefois, il y a une chose sur laquelle les usagers se rejoignent. « Ce lieu mérite un pont ou un goudron comme la voie d’Akplomey. » dit Éric HEGNON « pour que l’eau puisse circuler facilement » poursuit Pascaline ATTIKPO. 

Pour l’usager Constant ZOMAGBA, « ce que le gouvernement peut faire pour la population, c’est de construire un pont. A cause de l’eau, plusieurs boutiques sont scellées. Plusieurs ateliers sont ouverts mais il n’y a plus d’affluence car les clients ne peuvent pas venir à cause des eaux. »

« La route facilite le développement. Car cette voie permet d’éviter les embouteillages de l’échangeur de Godomey » ajoute Samuel MAHOUSSI. Et à Hyacinthe HOUEDENOU de lancer un appel : « Que le gouvernement vienne constater les faits pour juger de l’opportunité de construire un pont. »

Construire un pont permettrait d’assurer plus de sécurité à la zone et de mieux l’organiser.

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