Le Béninois Libéré
Image default
Politique

Réponses aux questions orales avec débat sur le dragage du Lac Ahémé et autres : Tonato éclaire les députés

(La politique de développement de la zone détaillée)

Ce jeudi 16 juin 2022, le ministre du cadre de vie et du développement durable, José Didier Tonato, était devant la représentation nationale pour apporter des réponses à certaines préoccupations des députés dans le cadre d’une séance de questions orales avec débat sur le dragage du Lac Ahémé.

Séance qui a permis au ministre Tonato d’aborder le dragage du lac Ahémé, le dragage de sable à Togbin Kpevi, et la pollution des eaux Marines à Grand-Popo en partant de la présentation du lac Ahémé et ses chenaux jusqu’à la mise sur pied par le Gouvernement, du Programme Intercommunal de Réhabilitation du lac Ahémé, ses chenaux et la création d’une zone de développement économique (PIRA) ayant pour objectif principal de réhabiliter le complexe fluvio-lacustre du lac Ahémé et de ses chenaux à travers des opérations de dragages sectoriels et partiels, dans un processus structurant qui s’inscrit dans la durée, et de réaliser, une zone de développement économique et touristique par l’intercommunalité, afin d’améliorer les conditions de vie des communautés concernées.

« La réhabilitation des plans d’eau est une priorité du Gouvernement. Pour le lac Ahémé et ses chenaux, le programme PIRA a été initié comme une solution intégrée dont la mise en œuvre requiert des ressources importantes à mobiliser à l’intérieur et avec les PTF(s).» A souligné le ministre Tonato avant de dissiper les inquiétudes des députés quant au niveau d’évolution de ce programme. « Après une longue période de préparation méthodique, ce programme est entré dans sa phase opérationnelle à janvier 2022, par le dragage pilote et prioritaire du carrefour des eaux de Djondji-Houncloun. Les dispositions sont prises pour accélérer cette phase et préparer l’extension vers les autres plans d’eau du Mono. » A-t-il ajouté. Car selon Tonato, les sédiments dragués ont déjà atteint au 3 mai 2022, un volume de 4.660.000 mètres cubes, soit 53,9% des prévisions. »

 Et pour montrer le souci à veiller aux intérêts des populations dans l’exécution des travaux, une pause a été observée durant le mois de mai aux fins de faire renforcer les mesures de protection de l’environnement à la suite de quelques plaintes et des contrôles effectués par les services techniques. 

Tous les détails ont été fournis aux députés sur ce programme. Fort de cela, un programme similaire pour le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo est en phase de formulation, avec l’appui financier du Royaume des Pays-Bas, à travers l’Agence Néerlandaise pour l’Entreprise (RVO.nl) devenue Invest International, a fait savoir le ministre.

« A partir des programmes innovants et intégrés de réhabilitation des plans d’eau de notre pays, dans une démarche participative avec les acteurs à la base et bénéficiaires concernés pour leur formulation, le Gouvernement veille à renforcer la résilience des populations vulnérables avec des mesures d’atténuation des effets des changements climatiques sur notre cadre de vie. » Rassure-t-il.

REPONSES AUX QUESTIONS ORALES AVEC DEBAT DE LA REPRESENTATION NATIONALE AU GOUVERNEMENT CONCERNANT LE DRAGAGE DU LAC AHEME

(16 juin 2022)

  1. Introduction

Le lac Ahémé et ses chenaux font partie des Zones humides au Sud-Ouest Bénin et du site RAMSAR 1017. Il est composé des plans d’eau que sont : le lac Ahémé, le chenal Ahô, le canal de Tihimey, les lagunes côtières de Ouidah et de Grand-Popo, la rivière Sazué alimentée par le lac Toho, les lacs Ozo, Dati, Tikpan et de nombreux autres canaux et connexions situés dans la plaine inondable. Tout cet ensemble forme, avec les fleuves Mono, Couffo et l’embouchure de la ‘’Bouche du Roy’’, un complexe hydrologique fluvio-laguno-lacustre avec une riche biodiversité qui joue un rôle important dans l’économie locale de la région.

Mais de nos jours, le lac Ahémé et ses chenaux sont confrontées à un véritable problème de comblement, dû à l’érosion des plateaux et bassins versants et des berges, les mauvaises pratiques de pêche contribuant à accélérer le processus de dégradation de l’environnement et de l’écosystème. Cette situation a eu pour conséquences, la réduction considérable des captures des produits halieutiques, la migration des pêcheurs vers les pays de la sous-région à la recherche de zones de pêche plus favorables. Les populations restées sur place, encore plus vulnérables à la pauvreté, sont dans la précarité.

Eu égard à ce qui précède et prenant en compte les légitimes revendications des populations, le Gouvernement a initié le Programme Intercommunal de Réhabilitation du lac Ahémé et ses chenaux et de création d’une zone de développement économique (PIRA). L’objectif principal du programme est de réhabiliter le complexe fluvio-lacustre du lac Ahémé et de ses chenaux à travers des opérations de dragages sectoriels et partiels, dans un processus structurant qui s’inscrit dans la durée, et de réaliser, une zone de développement économique et touristique par l’intercommunalité, afin d’améliorer les conditions de vie des communautés concernées.

Pour faciliter l’élaboration dudit programme, une étude de faisabilité technique, économique et financière a été réalisée. Les conclusions et recommandations de cette étude ont été validées par les divers organes de gestion du Programme puis adoptées par le Conseil des ministres et par décret n°2015-316 du 03 Juin 2015, le Gouvernement a créé l’Agence pour le Développement intégré de la zone Economique du Lac Ahémé et ses Chenaux (ADELAC), comme Agence d’exécution en charge de la mise en œuvre ordonnée du programme. 

En 2016, le Gouvernement a donné une impulsion au programme de réhabilitation du lac Ahémé et ses chenaux, érigé en projet prioritaire du Programme d’Action du Gouvernement (PAG) 2016-2021. Une attention particulière est ainsi accordée à la réhabilitation des plans et cours d’eau. Ainsi, le PIRA et l’Agence d’exécution sont placés sous la tutelle du Ministère du Cadre de Vie et du Développement Durable. Dès lors, d’importantes actions ont été menées et des études techniques complémentaires, indispensables à sa mise en œuvre, ont été réalisées, étant entendu que le PIRA est un programme de réhabilitation des plans d’eau pour une amélioration de la production halieutique. Il s’agit notamment de :  

  • l’étude d’impact environnemental et social (EIES) des opérations de dragage : cette importante étude a permis d’identifier les impacts négatifs et positifs des opérations de dragage, de proposer les mesures de maximisation des impacts positifs et les mesures d’atténuation des impacts négatifs, d’élaborer un Plan de Gestion Environnemental et Social (PGES) du Programme. La validation du rapport par une commission technique de l’Agence béninoise pour l’Environnement, a permis la délivrance, par le Ministre du Cadre de Vie et du Développement Durable, du Certificat de Conformité Environnemental (CCE) du Programme.
    • l’étude sur l’inventaire de la faune ichtyologique : elle a été réalisée grâce à l’accompagnement scientifique du Laboratoire d’Hydrobiologie et d’Aquaculture de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi. Elle a permis de collecter et d’identifier au total 62 espèces de poissons, dont les spécimens sont conservés à des fins scientifiques et muséographiques. 
    • l’étude sur la modélisation hydrologique du lac Ahémé et ses chenaux : elle a permis  de : (i) Fournir les données nécessaires qui permettront de comprendre le fonctionnement du régime hydrologique du lac Ahémé et ses chenaux avant le dragage ; (ii) Evaluer les influences de l’instabilité de l’embouchure de Grand-Popo et le barrage hydro-électrique de Nangbéto, sur le régime hydrologique du lac Ahémé et ses chenaux et proposer les solutions adéquates ; (iii) Evaluer la dynamique des différentes composantes des apports et des pertes d’eau dans le lac Ahémé et ses chenaux ainsi que leurs débits avant et après les opérations de dragage, dans la perspective du dimensionnement d’ouvrages hydrauliques pour la gestion de risques.

Au-delà de ces études, le Gouvernement, en sa séance du 15 avril 2020, a autorisé la réalisation d’études techniques et l’élaboration des cahiers de charge devant servir de base à la sélection de l’opérateur pour l’opérationnalisation du dragage pilote du carrefour des eaux Djondji-Houncloun. En effet, le carrefour Djondji-Houncloun est la seule zone de transit et de migration des espèces halieutiques de la mer vers les lagunes et vice versa. Mais, l’érosion des berges et l’instabilité de l’embouchure ont entraîné un comblement sans précédent de cette zone qui se retrouve être émergée selon les saisons, au point où la traversée se fait à pied en période d’étiage. Ceci conduit à couper la liaison entre les lagunes, le lac Ahémé, les chenaux et l’océan. La mise en œuvre de ce dragage prioritaire permettra (i) de rétablir la connexion entre ces plans d’eau et la mer ; (ii) d’assurer une migration normale des espèces halieutiques entre la mer et les plans d’eau continentaux ; (iii) de réhabiliter l’écosystème aquatique à travers la réalisation des profondeurs convenables pour la survie et le développement des espèces halieutiques ; (iv) de rendre disponible un volume impressionnant de sable pour les nombreux chantiers ouverts dans l’environnement immédiat de la zone ainsi que pour les grands travaux en cours.

  • Réponses aux questions
  • A quelle étape du processus du dragage nous trouvons-nous à la date d’aujourd’hui et quelle est la suite du projet selon le planning initial ? 

La préoccupation majeure du Gouvernement est d’apporter une réponse durable, par étape, à un problème complexe dont les conséquences sociales et économiques affectent les communautés de pêcheurs. Ainsi, avec l’impulsion donnée par le Gouvernement, le processus de sélection d’un opérateur de dragage pour la phase pilote a été lancé. Un Dossier d’Appel d’Offres Ouvert International a été lancé en mai 2021. Plus d’une vingtaine de candidats ont exprimé leur intérêt pour le projet et sept soumissionnaires ont déposé leurs offres, le 25 juillet 2021. Les résultats de la Commission chargée du dépouillement et de l’évaluation des offres viennent d’être validés par la Direction nationale de Contrôle des Marchés publics (DNCMP/MEF). L’entreprise CHINA HARBOUR ENGINEERING COMPANY (CHEC) LIMITED a été désignée adjudicataire.

L’ensemble du dossier a été soumis à l’approbation du Gouvernement en Conseil des ministres et la signature du contrat de marché n° 4530/MEF/MCVDD-ADELAC/DNCMP/SP est intervenue le 12 novembre 2011. L’opérateur a diligemment mobilisé les équipements et installé la base vie du chantier en novembre et décembre pour le démarrage des opérations proprement dites de dragage en janvier 2022. La cérémonie de lancement officiel des travaux a été organisée le 27 janvier 2022, avec la participation fort appréciée des Honorables Députés à l’Assemblée Nationale. Je vous renouvelle la gratitude du Gouvernement à cet effet.

Les travaux ont sensiblement évolué depuis lors. Les sédiments dragués ont déjà atteint au 3 mai 2022, un volume de 4.660.000 mètres cubes, soit 53,9% des prévisions. Nous avons dû faire observer une pause durer le mois de mai aux fins de faire renforcer les mesures de protection de l’environnement à la suite de quelques plaintes et des contrôles effectués par les services techniques.    

Les travaux de cette phase pilote dureront douze mois et couvrent dans les départements de l’Atlantique et du Mono, les communes de Ouidah et de Grand-Popo. Les localités de Méko, Dondji et Hâta (Atlantique) et Houncloun, Gonko et Docloboé (Mono) sont concernées. 

Après cette première phase du projet, la seconde concernera le transect [Nanzounmè dans le chenal Ahô jusqu’au niveau d’Akodéha-Ouèdèmè au sud du bassin principal du lac Ahémé]. Progressivement, tous les plans d’eau seront réhabilités.

  • Il est ressenti un ralentissement dans la progression de l’exécution des travaux. Quels sont les facteurs qui pourraient expliquer cette situation? 

Contrairement au dragage simple de sable dans des zones de bas-fond pour sa commercialisation, le dragage pour la réhabilitation des écosystèmes des plans d’eau est une opération délicate qu’il faut conduire avec précaution et dextérité de peur de le fragiliser sur tous les plans. Il s’agit d’un projet multisectoriel, à fort impact environnemental, qui requiert que toute dégradation irréversible éventuelle de l’écosystème soit soigneusement évitée. Ceci explique les nombreuses études complémentaires réalisées qui justifient le retard observé au niveau du démarrage des opérations, exacerbant dès lors l’impatience des populations qui espèrent cette intervention anthropique, scientifico-technique depuis des décennies.

Il n’y a donc pas de ralentissement dans l’exécution des travaux qui ont démarré, en dehors de la pause observée en mai pour des mesures de renforcement de la protection de l’environnement.

Il convient de préciser qu’il a fallu aussi mobiliser les ressources nécessaires à la réalisation des travaux. Ceux de Djondji-Houncloun sont évalués à 21,2 milliards de FCFA, financés exclusivement sur le Budget national,  pour une superficie de 208 hectares environ sur le plan d’eau, alors que le lac Ahémé, en dehors des chenaux et canaux y associés, fait une superficie de 85 à 100 km2, soit entre 8.500 et 10.000 hectares. 

  • Après cette phase, quelles sont les mesures qui sont prises par le Gouvernement dans le cadre de la généralisation du dragage au niveau des autres plans d’eau du Mono, étant entendu que quatre (4) communes du Mono sont concernées par la situation (Bopa, Comé, Grand-Popo et Lokossa) ? 

Le dragage prioritaire du carrefour critique de Djondji-Houncloun est une opération pilote qui marque le démarrage opérationnel du grand programme intégré de réhabilitation du lac Ahémé et ses chenaux. Ce programme couvre naturellement les six communes riveraines du lac Ahémé que sont Bopa, Comé, Grand-Popo, Houeyogbé, Ouidah et Kpomassè. L’opération pilote du carrefour critique de migration des espèces halieutiques estuariennes des eaux maritimes vers les eaux continentales et vice versa, comportent des effets induits d’amélioration de la productivité de l’ensemble des plans d’eau qui communiquent entre eux. Tous ces plans d’eau (lac Ahémé, lac Toho, Rivière Sazué, lagune côtière de Ouidah et Grand-Popo, etc.) sont reliés entre eux par des canaux jadis ouverts mais actuellement quasi bouchés et en phase d’assèchement, que le programme a identifiés pour être traités progressivement de façon appropriée, afin de récréer et de redonner vie, dans la durée, à l’ensemble du vaste système d’eau du complexe fluvio-laguno-lacustre. La création de l’ADELAC, Agence d’exécution du programme dont les moyens sont à renforcer progressivement, trouve sa justification.

Le Gouvernement, sur la base de la réalité environnementale et de concert avec les communautés riveraines, a fait l’option stratégique d’une réhabilitation par dragages sectoriels et partiels des plans d’eau. Cette option vise à réduire les éventuelles perturbations des activités des pêcheurs et le maintien de l’équilibre écologique des écosystèmes aquatiques et estuariens. Ainsi, après la phase pilote, le processus s’étendra vers les autres localités, secteur par secteur.   

  • Quelles sont les dispositions prises par le Gouvernement pour renforcer l’efficacité de dispositif de protection des plans d’eau contre les récurrentes tentatives de recolonisation du lac par les populations ? 

Pour assurer la pérennisation des opérations d’assainissement des plans d’eau et empêcher leur recolonisation par les engins et techniques de pêche prohibés et dévastateurs, le Conseil des ministres a autorisé la création, la formation et l’équipement d’une Brigade de contrôle et de surveillance des plans et cours d’eau, placée sous la tutelle du MAEP. Cette brigade est opérationnelle et organise des patrouilles permanentes sur les plans d’eau.

  • Quelle est la situation au niveau des autres plans et cours d’eau du Bénin ? 

La situation au niveau des autres plans et cours d’eau du Bénin est analogue et à quelques différences près à celle observée dans le lac Ahémé et ses chenaux, caractérisée par le comblement et l’ensablement. L’objectif du Gouvernement est de parvenir à la réhabilitation complète de tous nos plans d’eau en vue d’accroitre la production halieutique nationale, de réduire les importations de poissons et également les risques d’inondation qui affectent les populations et les rendent plus vulnérables.

A l’instar du PIRA et de façon spécifique, les réflexions ont d’ores et déjà démarré, avec l’appui du Royaume des Pays-Bas, pour la réhabilitation et l’aménagement du lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo. Un accord de don d’un montant d’un (1) million d’euros a été signé en septembre 2020 pour le financement des études de faisabilité technique, économique et financière qui déboucheront sur des infrastructures à réaliser pour promouvoir les investissements privés dans la zone. Un consortium de consultants internationaux, associé à un consortium de laboratoires et de centres de recherche universitaire de la place, a été sélectionné et chargé de conduire les études de faisabilité technique, économique et financières, lancées le 16 décembre 2021 et doivent être achevées en mai 2023.

  • Conclusion

La réhabilitation des plans d’eau est une priorité du Gouvernement. Pour le lac Ahémé et ses chenaux, le programme PIRA a été initié comme une solution intégrée dont la mise en œuvre requiert des ressources importantes à mobiliser à l’intérieur et avec les PTF(s). Après une longue période de préparation méthodique, ce programme est entré dans sa phase opérationnelle à janvier 2022, par le dragage pilote et prioritaire du carrefour des eaux de Djondji-Houncloun. Les dispositions sont prises pour accélérer cette phase et préparer l’extension vers les autres plans d’eau du Mono.

Le programme similaire pour le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo est en phase de formulation, avec l’appui financier du Royaume des Pays-Bas, à travers l’Agence Néerlandaise pour l’Entreprise (RVO.nl) devenue Invest International.

A partir des programmes innovants et intégrés de réhabilitation des plans d’eau de notre pays, dans une démarche participative avec les acteurs à la base et bénéficiaires concernés pour leur formulation, le Gouvernement veille à renforcer la résilience des populations vulnérables avec des mesures d’atténuation des effets des changements climatiques sur notre cadre de vie.

Au regard de l’expérience qu’elle capitalise, l’ADELAC est appelée à jouer un rôle majeur dans la prise en charge des processus de réhabilitation des autres plans d’eau du pays, en vue de la satisfaction des attentes légitimes de nos braves populations.

Laisser un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Le Béninois Libéré

GRATUIT
VOIR