Le Béninois Libéré
Image default
Société

Grandeur et misère du policier béninois : POURQUOI TANT DE SUICIDES ET DE DÉSERTIONS DANS LES RANGS DE LA POLICE RÉPUBLICAINE ?

(N’est-il pas temps pour le premier magistrat d’écouter les pleurs inaudibles de ces fonctionnaires ?)

Ils sont plus d’une dizaine à se donner la mort depuis l’arrivée du président Talon au pouvoir. Des désertions, personne ne connaît aujourd’hui le nombre exact de nos fonctionnaires de police qui fuient le territoire pour se chercher ailleurs, certains même comme gardien, agent de sécurité. Ils sont plus d’une vingtaine en France à exercer comme agent de sécurité.

Mais pour certains responsables qui s’expliquent devant le chef de l’État, c’est parce qu’on a fermé aux policiers, les voies du rançonnement et de la corruption qu’ils se suicident ou fuient le pays. Faux!! Archi faux. Ce qu’on reproche aux fonctionnaires de police n’est pas de la corruption. Tout au plus, un léger zèle comme c’est le cas dans toutes les polices du monde entier. Mieux, tous les autres fonctionnaires de l’État sont supérieurs aux policiers sur l’échelle de la corruption. Trêve donc de ce procès en sorcellerie contre les policiers.

Au demeurant, le mal qui ronge la police républicaine est de trois ordres. Il y a cet épineux problème né de la fusion entre deux corps, la gendarmerie et la police. Il faudra du temps, et c’est même une affaire de génération pour que les deux réussissent réellement à fusionner sans anicroche. Mais pendant ce temps, anciens gendarmes et anciens policiers continueront de régler leurs comptes entre eux au sein de la police républicaine.

Le second cancer qui ronge notre police a trait à la posture du premier responsable de la police républicaine qui n’arrive pas encore à réaliser qu’il est le père de famille de deux éléments (anciens policiers et anciens gendarmes). Ils continuent de croire qu’il a des raisons de SE MÉFIER des anciens policiers qui ne l’aiment pas. Mais puisqu’il est un homme, un humain comme tous les autres dont l’instinct de conservation reste une priorité, le fait qu’il ait peur de ses subordonnés anciens policiers, est son droit. Toutefois, il faudra en tenir compte pour savoir que ça ne fera pas du bien à la police républicaine que le premier responsable ne se sente pas aimé ou en sécurité auprès d’une partie de l’unité dont il a la charge. Malheureusement que personne ne pourra rien contre ces aspects de la fusion des deux corps.

Seulement qu’il faut trouver les moyens de minimiser les séquelles de ce clivage né des réformes engagées par le gouvernement de la Rupture. Enfin, il faut que l’administration républicaine se remette un peu en cause au sujet de la gestion des carrières au sein de cette police républicaine. Car il est un secret pour personne que les policiers se plaignent. Ils n’ont plus de possibilités d’avancement. Aucune de leurs priorités de carrière n’est plus au cœur des priorités de l’Etat. Seules les sanctions punitives sont érigées en priorités du gouvernement de la Rupture comme si ce sont les policiers qui étaient au centre de la crise YAYI-TALON quand l’actuel président était en disgrâce. Et même si c’était le cas, cela a été à coup sûr, des chances du sentiment qui a justifié le choix du candidat Talon face aux autres candidats en lice en 2016.

Voilà pourquoi il est temps pour les seigneurs de la Rupture, de marquer une pause pour se concentrer sur ce qui se passe réellement au sein de cette unité où plusieurs se suicident ou désertent les rangs pour aller servir comme agents de sécurité ailleurs.

La direction générale de la politique républicaine, mieux le ministre de l’intérieur et la sécurité publique qui a fait cas dans la semaine, de quatre cas de désertion et a menacé, devrait se poser des questions. Puisque dans la réalité, il y a eu plus de désertions que les quatre qu’il a évoquées. Ils sont même plus qu’une dizaine.

Au lieu donc de faire voter une loi par des députés trop au service du pouvoir pour menacer les fonctionnaires déserteurs à courir le risque d’être présentés à la CRIET comme des criminels, l’État n’a-t-il pas intérêt à mieux faire ? Par exemple convoquer des assises de la police républicaine : un forum au cours duquel on permettra à toute la police de décider de son sort pour être mieux au service de la Nation. Ou, si le président de la République voudrait les jouer plus fins pour connaître le grain de sable qui est dans la machine, diriger lui-même une commission qui se chargera d’écouter individuellement dans l’anonymat sur fond de garantie de la confidentialité, plusieurs jeunes pris individuellement, sur ce qui les pousse au suicide ou à déserter les rangs.

Le chef de l’État va apprendre des choses qui vont lui arracher des larmes. Nos policiers souffrent. Ils vivent une indignation que leurs responsables à divers niveaux n’ont pas intérêt à exposer au premier magistrat, père de la Nation.

Espérons que les responsables de la Dsld qui utilisent aussi les services de la police républicaine aient le courage et le devoir de faire réellement le job auprès du chef de l’État et ce sera justice.

Aboubakar TAKOU

Laisser un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Le Béninois Libéré

GRATUIT
VOIR