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Famille monoparentale : Sur la piste du quotidien des mères célibataires

Ensemble formé par le père, la mère et les enfants, la famille connait une autre évolution loin de sa conception africaine à cause de la multiplication des familles monoparentales. Ce qui n’est pas sans problème pour ses mères qui du jour au lendemain doivent s’occuper seules de l’avenir de leurs enfants sans oublier leur propre épanouissement.

« Juste une nuit et ma vie a basculé » confie Lynda, caissière et mère d’un garçon de 4 ans, vivant à Akpakpa à Cotonou, racontant le début de sa vie de mère célibataire. Comme elle, Nadine âgée d’une trentaine d’années est aussi une mère célibataire depuis quelques mois. Vivant dans la commune d’Abomey-Calavi, elle voit ses journées se résumer à l’éducation de ses enfants. Sans aucun soutien et constamment soucieuse de l’avenir de ses enfants, elle peine à joindre au quotidien, aux besoins de ses enfants.

Un combat de chaque jour qui ne se résume pas à elles seules. Car dans les communes d’Abomey-Calavi et de Cotonou, on rencontre aussi d’autres mères célibataires. En effet, Daniella, mère d’une fille de 8 ans, résidant à Gbègnigan, et Nina, âgée de 28 ans et mère d’une fille de 6 ans, vivent presque la même situation.

Ces mères célibataires qui ont quitté leur foyer pour diverses raisons, sont devenues à la fois mère et père de famille. Elles ont désormais la lourde charge de s’occuper de l’éducation et de l’épanouissement de leurs progénitures. Certes, elles ne sont pas satisfaites de leur situation actuelle, mais elles y sont obligées compte tenu des circonstances qui les ont conduites à cette nouvelle vie.

Une famille monoparentale, une histoire

« C’est après deux ans de relation avec un enfant de 4 mois dans les bras que mon mari a été incarcéré. L’absence de soutien de ses parents a été le début de mon calvaire… Depuis six mois, je suis seule à prendre soin de mes enfants », déclare Nadine qui avait déjà un autre enfant de sa précédente relation.

Quant à Nina, elle vit cette situation depuis des années. « J’ai quitté mon ex-mari lorsque mon enfant avait 6 mois. Et depuis 6 ans, il est à ma charge », affirme-t-elle. Après une crise au sein du foyer, elle a tout simplement préféré partir. 

Pour Lynda, c’est le plaisir d’une nuit qui l’a conduit à cette situation. « J’avais mes menstrues alors que j’étais enceinte. Je l’ai annoncé à l’auteur de ma grossesse qui a dit ne pas vouloir d’un enfant sous prétexte qu’il est déjà marié. De plus, pour lui, je n’étais pas son genre de femme », révèleLynda.

Bien qu’ayant choisie être la deuxième femme au foyer, les choses ne se sont pas déroulées comme espérées pour Daniella qui a dû revenir chez ses parents dont les conditions de vie n’étaient pas si reluisantes. « Jeune étudiante, j’ai rencontré le père de mon enfant pendant un stage. Il m’a tout promis. Pendant ma grossesse, j’ai vécu avec ma belle-mère qui, au début, était joviale. Mon mari ne voulant pas que je continue par exercer au secrétariat du tribunal de Cotonou. Pour cela, j’étais entièrement à sa charge », relate-t-elle. Malheureusement, pour elle, « un an et demi après mon accouchement, le climat est devenu invivable. Ma belle-mère ne m’aimait plus, mon mari m’a délaissé en ne survenant quasiment plus aux besoins de mon enfant. J’ai dû me retirer pour me refaire ma vie ». C’est ainsi que de jeune femme rayonnante, Daniella est aujourd’hui devenue mère célibataire débrouillarde.

Comme toutes ces familles monoparentales, plusieurs autres ont aussi leur histoire que la société a du mal à accepter.

Le regard de la société

 « La société nous en veut et pourtant, cela n’est pas toujours de notre faute », déplore Nina vu ses difficultés dans la recherche d’un appartement à louer. Elle dira que « Toutes les maisons que je trouvais où il y avait déjà des couples, je n’étais pas la bienvenue puisque je suis une mère célibataire ». Pour Maxime, propriétaire de maison à Abomey-Calavi, c’est pour éviter certains problèmes au sein de sa maison qu’il refuse de louer ses chambres aux mères célibataires. Il fait savoir que « Non seulement elles font venir beaucoup de partenaires mais aussi elles sont sources de tensions dans les autres foyers ». Un avis partagé par Kevin, propriétaire d’une maison à Cotonou qui refuse catégoriquement de voir ces catégories de femmes habiter chez lui.

A en croire Nina, les voisins estiment que « je ne donne pas une bonne image de la famille car, mon enfant n’a pas de père ». Lynda a eu aussi sa part de déboires depuis sa grossesse. « J’étais l’objet de commérages lorsque certains voisins ont appris que l’auteur de ma grossesse a refusé d’assumer ses responsabilités. Un regard qui a continué à me hanter jusqu’à l’accouchement et m’a poussé à déménager. Il a fallu que je trouve un boulot pour surmonter tout ce stress. »

De son coté, Nadine ayant quitté sa première relation pour des soupçons d’adultère, continue de rencontrer chaque jour des obstacles sur son chemin. « J’étais objet de médisance chaque fois que je rencontrais un proche ayant eu vent de ma supposée histoire d’adultère. Et jusqu’à présent, j’en paie les frais » justifie-t-elle. Ce qui lui crée des soucis dans la recherche de chambre à louer.

Malgré tous les problèmes que rencontrent ces mères célibataires, elles continuent de se battre au quotidien pour l’épanouissement de leurs progénitures. 

La scolarisation des enfants

Les efforts de ces femmes pour la scolarisation de leurs enfants sont un chemin de croix. Malgré tout, elles ne baissent les bras mues par cette double responsabilité que leur impose leur situation. « Mon enfant a commencé l’école à 5 ans, mais il m’a fallu deux ans pour préparer sa rentrée », confie Nina qui a dû faire une tontine spéciale pour payer la scolarité de son enfant dans une école privée alors qu’elle ne gagnait que 30.000 FCFA. 

Pendant que Nina se débrouillait à sa manière, Daniella s’en remettait au centre social où la pension de son enfant devrait être versée mensuellement. Une somme jugée insuffisante, qui malheureusement n’était pas aussi régulière. « Pendant les mois de sevrage, je puisais dans mes économies et je devrais travailler davantage. Ma prière était de trouver un job plus rémunéré pour ne plus compter sur le père de mon enfant. »

Mêmes les politiques à l’instar de Alimatou Badarou, présidente d’une Organisation de femmes politiques, sont conscients des réalités que vivent ces mères célibataires. Selon elle, « les données récentes sur la monoparentalité au Bénin ne sont certes pas disponibles, mais le constat dans la société inquiète. Nous pensons qu’une politique d’allocation familiale attribuée à ces familles monoparentales contribuerait à résorber, un tant soit peu, leurs difficultés quotidiennes. »

A ces difficultés de paiement de la scolarité, s’ajoute le besoin du visage paternel réclamé par les enfants. Chose apparemment légitime, mais…

Où est papa ?

« L’enfant ne se contente nullement d’une mère. Il lui faut un père. La nature exige absolument cette trinité de famille… » Cette citation de Alexandre Weill se justifie dans le besoin que ressentent les enfants dans leur quête de connaître l’identité de leur géniteur. « Mon fils me demande où est papa car dans notre concession, il n’y a que des couples. Je soupire avant de lui dire que son papa est en voyage. Je pense parfois à la réponse que je lui donnerai quand il aura l’âge de discernement », déclare Lynda.

« Si une mère célibataire veut réussir l’éducation de son enfant, il faudrait qu’il y ait une figure paternelle ; il ne s’agit pas du retour du père de l’enfant mais de trouver un tuteur en qui l’enfant peut voir un modèle. C’est vraiment important » suggère le psychologue et assistant social, Joël Kpènonhoun. Une réalité dont sont conscientes toutes ces femmes interrogées. Certes, elles reconnaissent qu’une figure parentale est importante pour leurs enfants mais ce sera avec le temps. Pour le moment, elles jouent les deux rôles.

Une lueur d’espoir

Loin de les décourager, leur situation les amène à s’endurcir et continuer à garder le cap pour pouvoir assurer l’épanouissement de leurs progénitures. « Être une mère célibataire, c’est visiblement accentuer les difficultés du quotidien. Mais accepter la reconstruction de soi, avoir un mental fort peuvent aider une mère célibataire involontaire à amoindrir ses difficultés », estime le psychologue Joël Kpènonhoun.

Pour la sociologue Kareine Ganyè, « il faut revoir l’éducation à la base des filles et garçons, inculquer aux garçons le sens d’assumer leurs responsabilités au sein de la société, apprendre aux filles à être autonomes avant un engagement relationnel, mieux les resensibiliser sur les dispositions de planification familiale et de préservation ». Des propos qu’approuve la mère de famille Sidi, une personne ressource rencontrée à Calavi. Elle trouve qu’ « une mère célibataire avec des moyens, peut donner une très bonne éducation à son enfant ». La stabilité financière reste donc un autre défi.

Gloria AKOAKOU

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